Mon test de 3 mois avec deux essences sur le bord de ma terrasse

juin 6, 2026

Deux essences vegetales comparees sur bord de terrasse plein soleil, test de 3 mois

Au ras de la rambarde métallique de ma terrasse, à la Résidence des Amandiers, dans la périphérie de Poitiers. J’ai senti la chaleur remonter dans mes paumes quand j’ai posé les deux pots de mon test de 3 mois. Le béton renvoyait la lumière, le vent passait en trait sec entre le passage et la barre, et mes deux essences ont pris tout cela de face. J’ai lancé le test ce jour-là parce que ce coin me semblait plus dur qu’un massif, même en plein été. Et je voulais voir si la tenue restait propre ou si le feuillage lâchait vite.

Le jour où j’ai installé les deux pots contre la rambarde.

Je les ai installés un mercredi de juin, à 17 h 20, quand le soleil frappait déjà la dalle sans pitié. J’ai choisi ce bord de terrasse parce que le vent s’y engouffre entre la rambarde et le passage, puis rebondit sur le mur blanc du voisin. Je n’ai pas cherché un simple plein soleil, j’ai cherché une zone qui cumule rayonnement, réverbération et souffle sec. En 15 ans de rédaction sur l’aménagement extérieur, j’ai vu assez de cas pour savoir que ce type d’angle fait mentir un jardinier trop confiant.

J’ai pris deux contenants identiques de 32 cm de diamètre, avec le même mélange de terreau, de compost tamisé et de sable grossier. J’ai placé Lavandula angustifolia d’un côté et un géranium zonal, Pelargonium zonale, de l’autre, parce que je voulais comparer deux comportements très lisibles. J’ai mis 18 cm entre chaque pot et la rambarde, puis j’ai gardé la même distance au mur sur toute la durée du test. J’ai arrosé avec 1,2 litre par pot, tous les 2 jours, toujours en fin de journée, sauf quand j’avais un départ tôt le matin. Ma formation continue en horticulture et paysagisme m’a appris à garder la même base de départ, sinon je compare du vent avec de la terre.

Le détail qui ne pardonne pas, je l’ai vu le premier après-midi. À 15 h 40, j’ai posé mon thermomètre de jardin sur le plastique du pot côté mur, et j’ai lu 41 °C. Le béton renvoyait une chaleur sèche, presque coupante, et le substrat chauffait plus vite que dans un massif en pleine terre. J’ai vérifié l’humidité au doigt à 3 cm de profondeur, puis j’ai soulevé chaque bac par le rebord pour sentir le poids. Quand le pot paraît léger et que la terre colle à peine sous l’ongle, je sais que la réserve d’eau a déjà commencé à fondre.

Ce que je voulais vérifier, c’était simple à dire et moins simple à suivre. J’ai cherché à voir si une essence qui tient au soleil encaisse encore le trio mur, vent sec et réverbération sans se dégrader. J’ai noté chaque semaine la couleur du feuillage, l’état des pointes et la reprise après arrosage. Je me suis aussi servi des repères de la Fédération Française du Paysage sur le choix de végétaux adaptés à l’exposition. Pour ne pas me raconter d’histoires au moment du bilan.

Trois semaines plus tard, j’ai vu la première différence.

Au bout de 3 semaines, j’ai vu la première séparation nette entre les deux pots, feuille par feuille. La lavande gardait une touffe compacte, un peu gris argent, avec seulement 2 pointes sèches au bord sud. Le géranium, lui, tenait encore debout le matin, puis ses feuilles basses se ramollissaient dès qu’il faisait 34 °C sur la dalle. J’ai compté 8 feuilles marquées sur le géranium avant la fin de cette période, alors que la lavande gardait un port plus stable et plus serré.

J’ai aussi vu que l’arrosage ne réagissait pas pareil selon l’heure. Quand je passais tôt, vers 7 h 10, l’eau entrait mieux dans le substrat et je n’avais presque pas de ruissellement sur la soucoupe. Quand je rinçais en fin d’après-midi, une partie filait le long de la motte avant de tomber dans le bac. Et je devais attendre que ça cesse avant de remettre le pot en place. Les jours de vent, j’ai gardé le même rythme de 2 jours, mais j’ai ajouté un contrôle du dessous du pot. Parce que la surface pouvait sembler juste humide alors que le cœur restait sec.

La surprise utile, je l’ai eue avec le géranium. Au début, j’ai cru qu’il était plus robuste parce qu’il avait les feuilles les plus larges et l’air le plus vif après l’arrosage. Puis, vers le 18e jour, j’ai vu ses tiges se coucher légèrement du côté du vent, et j’ai commencé à douter de mon premier jugement. La lavande paraissait plus modeste, presque sèche d’aspect, mais elle restait nette, avec une base plus ferme et moins d’effondrement visuel après les coups de chaud.

J’ai aussi corrigé un biais de départ, sans le maquiller. Après une rafale un peu plus forte, j’ai remarqué que le pot du géranium avait glissé de 6 cm et recevait encore plus le souffle du couloir. Je l’ai remis à sa place exacte, puis j’ai tracé un repère au feutre sur le carrelage pour vérifier qu’il ne bougeait plus. J’ai gardé cette correction dans mes notes, parce que je voulais comparer les deux essences, pas un pot bien placé avec un autre qui dérivait au hasard.

Il y a aussi un bruit que je n’ai pas oublié, et je l’ai noté le soir même. La rambarde chauffée sonnait sec quand j’y posais la main, et l’odeur de terre sèche montait dès que je grattai la surface du pot. J’ai froissé une feuille entre deux doigts après une journée de réverbération, et j’ai entendu ce petit craquement net qui annonce une perte de souplesse. Ce détail-là m’a servi autant qu’une mesure, parce qu’il m’a dit que le stress ne restait pas seulement visible, il se sentait.

Le moment où j’ai compris que le vent changeait tout.

Le vrai basculement, je l’ai compris un mardi de juillet, quand le soleil ne suffisait plus à expliquer les dégâts. J’ai senti le souffle du couloir passer sous la rambarde, sec comme un sèche-cheveux. Et j’ai vu la lavande perdre un peu d’eau sans broncher, alors que le géranium s’affaissait plus vite. Le vent ne se contentait pas de bouger les feuilles, il accélérait la fuite d’humidité sur toute la surface du pot. J’ai alors arrêté de regarder seulement la lumière et j’ai commencé à regarder la circulation de l’air, parce que c’est elle qui changeait le rythme de séchage.

Sur 12 relevés hebdomadaires, j’ai noté que la lavande récupérait sa tenue plus vite après l’arrosage. En général, je la retrouvais nette le lendemain matin, avec un feuillage plus raide et moins de retombée sur les bords. Le géranium avait une autre courbe, plus souple au départ, puis plus molle après chaque journée chaude, surtout quand le vent avait soufflé de travers. J’ai aussi vu que la densité du feuillage restait meilleure sur la lavande. Alors que le géranium laissait apparaître le terreau en bas de touffe dès que je sautais un arrosage d’une demi-journée.

Le 3 août, j’ai eu un doute sérieux après une journée plus ventée que les autres. J’ai retrouvé 5 feuilles du géranium brunies sur le bord, avec une marge sèche qui n’avait rien d’un simple manque d’eau passager. J’ai contrôlé le substrat en surface puis en profondeur, et j’ai senti qu’il était sec plus vite que prévu, y compris à 4 cm sous la croûte. La lavande, elle, avait pris un aspect plus pâle, mais je n’ai pas vu la même casse visuelle dans la masse.

J’ai fait ce test dans une vraie vie de foyer, avec ma femme et mes deux enfants de 7 et 10 ans qui traversent la terrasse sans prévenir. J’ai dû remettre deux fois une chaise contre le mur parce qu’ils l’avaient poussée trop près des pots. Et j’ai rattrapé un arrosage retardé après un départ à l’école un matin. Je n’avais pas le luxe de surveiller chaque pot toutes les heures. Alors j’ai appris à lire les signes dans les creux du feuillage, les bords cassants et la vitesse de reprise. Cette contrainte m’a paru plus parlante que n’importe quelle fiche théorique.

J’ai croisé mes notes avec des principes simples rappelés par l’INRAE sur le stress hydrique, sans sortir du terrain ni du bon sens. J’y ai retrouvé l’idée que le vent et le rayonnement accentuent la perte d’eau plus vite qu’un simple soleil de milieu de journée. Je n’ai pas poussé l’exercice jusqu’au diagnostic de dépérissement, et là franchement je ne suis pas le mieux placé pour creuser. Si un feuillage brûle malgré un arrosage suivi, je passe la main à un paysagiste ou à un spécialiste du végétal.

Au bout de trois mois, j’ai tranché sans me mentir.

Au 92e jour, j’avais assez de recul pour comparer les deux essences sans me raconter d’histoire. J’ai gardé comme critères la tenue du feuillage, la vitesse de récupération après chaleur, la sensibilité au vent sec et la régularité de l’aspect général. La lavande a mieux encaissé la bordure de terrasse, parce qu’elle a gardé un port compact. Peu de feuilles marquées et une reprise plus rapide après chaque pic de chaleur. Le géranium a tenu plus longtemps que je ne le pensais au début, mais il a demandé une vigilance plus serrée. Avec un aspect qui se dégradait plus vite dès que je ratais un arrosage ou qu’une rafale arrivait au mauvais moment.

Je ne veux pas lisser ce que j’ai vu : la lavande n’était pas parfaite, et le géranium n’a pas lâché d’un coup. Sur la lavande, j’ai noté quelques pointes sèches et un léger éclaircissement sur la face la plus exposée, rien de dramatique mais assez visible à la main. Sur le géranium, j’ai eu plus de feuilles basses tombées, un port plus ouvert et une remontée visuelle moins régulière après les arrosages. Le contraste n’a pas tenu sur une journée, il s’est installé semaine après semaine, et c’est ça qui m’a convaincu.

Si je refaisais ce montage sur une terrasse très exposée comme la mienne, je reprendrais la lavande sans hésiter. Si je disposais d’un coin abrité, avec moins de réverbération et plus de stabilité d’air, je tenterais encore le géranium. Parce qu’il garde un charme que j’aime bien quand il n’est pas bousculé. Pour être clair : oui pour une terrasse chaude et ventée, non pour un balcon vraiment sec où l’on ne peut pas arroser plusieurs fois. Je l’écris en gardant le cadre de ma terrasse de la Résidence des Amandiers, à Poitiers, en tête, pas un décor idéal. Mon verdict reste simple : dans ces 3 mois, la lavande a mieux tenu la ligne.

Je referais le même protocole, avec les mêmes pots, la même distance à la rambarde et le même suivi hebdomadaire. Parce que c’est ce qui m’a donné une lecture nette. Je ne referais pas l’approximation du premier placement avant de tracer mes repères au sol, parce que j’ai perdu du temps à corriger ce glissement. Je n’ai pas testé la tenue sous gel, ni sur une façade nord, et je ne prétends pas que mon résultat vaut partout. Sur ma terrasse, au bord du mur chaud et du vent sec, la différence la plus claire reste celle-ci : j’ai gardé la lavande. Et j’ai vu le géranium fatiguer plus vite.

Julien Lambert

Julien Lambert publie sur le magazine Vincennes Vert des contenus consacrés à l’aménagement extérieur, au jardin et aux pratiques paysagères. Il traite des sujets liés aux plantations, au choix des végétaux, à l’entretien raisonné et à l’organisation d’un espace extérieur avec une approche claire, structurée et concrète.

LIRE SA BIOGRAPHIE